Technologie Occidentale et Développement Économique Soviétique 1945-1965 II Antony Sutton

L’impression générale des délégués britanniques et américains à la conférence [le Congrès de la Fédération Internationale du Contrôle Automatique (ou automatisation) tenu à Moscou en juin et juillet 1960] était que les documents présentés et les visites organisées ne confortaient pas l’idée que l’on avait des accomplissements soviétiques en matière de recherche spatiale et d’ingénierie nucléaire.

[…] De la même manière, un délégué britannique, D. C. Rennie, fit le commentaire suivant : « …Nous ne vîmes rien qui puisse justifier l’opinion selon laquelle l’URSS serait en avance sur l’occident… »

[…] Un autre délégué, W. D. Elliott, commenta : « Bien que j’aie essayé pendant cinq jours, je n’ai pas eu la possibilité de visiter un institut d’informatique. »

On peut donc en conclure que l’ingénierie soviétique concernant l’automatisation et le contrôle ne sont pas dans un état avancé. Cette conclusion concorde avec celles tirées plus tôt sur la nature basique des ordinateurs soviétiques dans les années 1960 et la nécessité d’acheter de la technologie IBM, General Electric, ou RCA afin de combler un vide technologique de taille. Étant donné la place stratégique de ces technologies dans les systèmes d’armement, cette conclusion soulève de sérieuses questions sur l’origine des ordinateurs militaires et des mécanismes de contrôle soviétiques…l’hypothèse est avancée que les capacités militaires soviétiques viennent, elles aussi, de l’occident. p. 323 à 325

Le rapport de la délégation sénatoriale suggéra que l’Union Soviétique rattrapait son retard sur les États-Unis en matière de production électrique ; qu’en 1961 elle construisait de vastes barrages hydroélectriques plus vite que les États-Unis ; et qu’elle avait non seulement rattrapé son retard avec l’occident en ingénierie hydroélectrique mais « …ils sont en fait en avance sur certains aspects spécifiques d’un tel développement. » Le comité sénatorial qui entendît ce rapport recommanda un programme fédéral conséquent ainsi qu’une étude de planification « à l’échelle nationale. » [De son côté, le rapport de l’Institut Edison d’Electricité tira des conclusions presque opposées.] p. 332

L’écart entre les capacités de productions aux USA et en URSS s’est donc accru entre 1958 et 1967. p. 333

Par exemple, dans les années 1930, il fut rapporté que dans les usines de mise en boîte de saumon du Kamchatka, « Toutes les machines ‘jusqu’aux vis et aux écrous’ étaient américaines et la plupart avaient été fabriquées à Seattle… » p. 352

En résumé, une analyse des 62 accords de licence révèle une incroyable pauvreté des innovations soviétiques pour concurrencer les centaines de milliers de procédés patentés sur le marché mondial. p. 361

En résumé, il n’est possible de tracer l’origine que d’un seul procédé industriel (le turbodrill) qui a commencé, a été développé, et est passé par les étapes de l’usine pilote puis à la production en série sans remplacement par un procédé occidental, sous le régime soviétique.

[…]

Sur la période 1917-1930, aucune technologie appliquée d’importance n’est née en URSS. Sur la période 1930-1945, seuls deux procédés venaient de l’URSS, mais dans cinq autres domaines les soviétiques développèrent et appliquèrent des technologies significatives et l’on trouve l’utilisation de procédés à la fois soviétiques et occidentaux. Sur la période 1945-1965, trois procédés étaient d’origine soviétique et, là encore, cinq autres reposaient sur des procédés à la fois soviétiques et occidentaux.

[…]

Il faut souligner que ceci est l’interprétation la plus favorable possible des données empirique. p. 370

Les conclusions les plus sérieuses présentées dans cette étude sont que la technologie occidentale a été, et continue d’être, le facteur le plus important du développement économique soviétique. Les transferts techniques qui ont favorisé ce développement ont continué sur une période de 50 ans. Ces observations vont maintenant être mises en perspective avec l’hostilité déclarée de l’URSS vis-à-vis de l’occident depuis 1917, une hostilité telle qu’il faille que les États-Unis seuls dépensent plus de 80 milliards de $ (1969) dans le domaine de la défense afin de contrer cette menace.

Le fait que les soviétiques aient ouvertement et de manière répétée prôné le renversement des démocraties occidentales depuis 1917 jusqu’à ce jour est un point de départ fondamental pour la mise au point de nos politiques de défense nationale. La raison suggère, donc, que soit notre politique concernant les transferts techniques à l’Union Soviétique est erronée, soit notre dépense budgétaire annuelle gonflée dans le domaine de la défense est inutile…Les deux politiques sont incompatibles. p. 381

En 1963 plusieurs membres du Congrès s’opposèrent de manière véhémente à l’exportation de machines d’extraction minière de potasse vers l’URSS sur la base que la potasse pouvait être utilisée pour des explosifs. Cependant, le Ministre du Commerce prit la position que la potasse « est utilisée presque exclusivement dans la fabrication des engrais au potassium. » Les bombes incendiaires requièrent de l’acide sulfurique ; un procédé pour la concentration d’acide sulfurique fut envoyé à l’URSS dans les années 1960. Un procédé pour la fabrication de gaz lacrymogène (utilisé par les Nord-Vietnamiens sur les Sud-Vietnamiens) nécessite du tétrachlorure de carbone [ou tétrachlorométhane] et du benzène ; les deux produits furent envoyés des USA à l’URSS à la fin des années 1960. Les herbicides ont les mêmes composés chimiques que les gaz utilisés pour le contrôle des manifestations, et les herbicides font partie des importations massives de l’URSS à partir des USA. L’usine japonaise de bombes à anthrax, à Harbin, ainsi que l’usine allemande de Tabun furent démontées et envoyées en URSS à la fin de la 2ème GM. Depuis ce temps, l’occident a fourni une assistance indirecte aux usines soviétiques à destination de la guerre chimique et bactériologique. Par exemple, la guerre biologique nécessite des procédés de réfrigération, et de l’aide technique a été fournie dans ce domaine ; de la gélatine ou des polymères synthétiques sont nécessaires pour encapsuler les particules pour la guerre biologique, et des appareils pour encapsuler à l’aide de gélatine ont été envoyés depuis les États-Unis. p. 390

Pendant la crise des missiles de Cuba en 1962, les missiles balistiques soviétiques furent transportés sur des navires de charge de classe « Poltava. » […] Le Poltava est un navire de 11.000 tonnes dont les moteurs sont fabriqués par Burmeister & Wain à Copenhague, Danemark.

[…]

En bref, il y a une utilisation militaire directe, identifiable, par les soviétiques, de technologies, d’équipements, et de produits fournis par l’occident sur la prémisse que ces éléments seraient utilisés pour la paix. p. 394

Douglas Dillon, ancien Sous-Secrétaire d’État, a fait la remarque suivante : « Je ne me rappelle pas d’un seul cas dans lequel un pays ait livré un élément stratégique au bloc soviétique lorsque un des membres votants du CoCom s’y était opposé. »

On doit donc supposer que les délégués américains participaient et approuvaient l’exportation de bateaux de vitesse moyenne élevée et de moteurs diesel, ainsi que l’accord d’assistance technique de Burmeister & Wain pour la fabrication de grands moteurs diesel soviétiques – tous ayant plus tard été utilisés contre les États-Unis par les soviétiques lors de leur approvisionnement du Nord Vietnam. En résumé, les indices suggèrent que les délégués américains au CoCom ont sciemment autorisé l’exportation de navires dépassant en vitesse et en tonnages les limites fixées par  l’OTAN et qui furent plus tard utilisés contre les États-Unis. p. 398

Ces pays qui ont été les plus gros fournisseurs techniques de l’URSS sont également ceux dont les dépenses budgétaires militaires sont les plus élevées afin de contrer une menace supposée réelle de la part de l’Union Soviétique.

[…]

Au moment où l’occident décide de retirer ses subventions techniques et économiques, l’Union Soviétique doit, soit se résoudre aux conditions fixées par l’occident, soit effectuer les changements nécessaires de son propre système afin d’atteindre une innovation auto-génératrice. Les exigences temporelles et politiques importantes de la deuxième option font penser que l’Union Soviétique se résoudrait plus tôt aux demandes de l’occident. Ce dernier, alors, a donc la possibilité de faire un grand pas en direction de la paix mondiale.

Soutenir un système qui est l’objet de dépenses militaires massives est à la fois illogique et irrationnel. En d’autres termes, cela remet en question non seulement la capacité et la sagesse mais aussi le bon sens même des dirigeants politiques. p. 400

Le système soviétique est en mode « rattrapage » en permanence, du fait de sa structure institutionnelle. La technologie étrangère convertit ce système statique en un viable. p. 409

Le dépouillement de l’Allemagne de l’Est fut aidé par un programme américain (opération RAP) pour donner aux soviétiques les usines démontées dans la zone US. A la fin 1946, 95% du démontage dans la zone US étaient à destination de l’URSS. p. 414

…tout au long de la période de 50 s’étendant des années 1917 à 1970, il y eut une force persistante, puissante, pas clairement identifiable, en Occident s’assurant de la poursuite des transferts. p. 416

…jusqu’au milieu des années 1930, les Allemands armaient toujours les soviétiques ; ce n’est qu’en 1939 qu’Hermann Goering commença à protester. p. 418

…chaque fois que l’économie soviétique a atteint un point de crise, les gouvernements occidentaux ont volé à son secours.

[…]

Depuis le départ, la survie de l’Union Soviétique a été entre les mains des gouvernements occidentaux. p. 421

[Les passages en gras sont de mon fait, NdT.]

Sutton 3

https://archive.org/details/Sutton–Western-Technology-1945-1965

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