Technologie Occidentale et Développement Économique Soviétique 1945-1965 I Antony Sutton

Partant du fait que le quidam moyen ne fait pas la distinction entre science et technologie, alors en 1961 plus d’européens de l’ouest croyaient que l’Union Soviétique était en avance techniquement sur les États-Unis que l’inverse…Mais la plupart de ceux-là tendaient à être négatifs vis-à-vis des États-Unis plutôt que positifs sur les « succès » soviétiques… p. xxvii

Qui plus est, les transferts techniques n’ont pas seulement été permis par les gouvernements occidentaux, ils ont été encouragés et parfois récompensés. […] En 1946, on a rapporté que les entreprises suédoises avaient été menacées par le ministère en charge de l’industrie et du commerce si elles refusaient d’accepter les commandes soviétiques. p. xxxi

…les exportations soviétiques se composent presque entièrement de matières premières. p. 43

L’analyse globale révèle que les contrôles sur les exportations occidentales n’ont pas été efficaces. […] Des 96 navires utilisés par les Soviétiques pour l’approvisionnement d’Haiphong [à destination des Viêt-Cong, pendant la guerre du Vietnam], 12 n’ont pas été identifiés…Des 84 restants, seuls 15 ont en partie été bâtis dans des chantiers navals soviétiques…Les autres 69, tous des tankers ou des navires de charge, furent construits hors de l’URSS. De ces 69 bateaux, seuls 13 furent bâtis avant l’embargo du ‘Battle Act’ de 1951 – en d’autres termes 56 furent construits après l’embargo et hors de l’URSS. Aucun des 84 navires identifiés ne dispose d’un moteur conçu et fabriqué en Union Soviétique. p. 54-55

L’impression répandue selon laquelle les soviétiques n’acquirent pas de matériaux, équipements, ou informations utiles du programme de recherche nucléaire allemand est erronée. p. 234

Il est intéressant de noter que, alors qu’en 1944 et 1945 les projets de développement de fusées dirigés par Werner von Braun se déplacèrent vers l’ouest, dans les futures zones américain et britannique, le déplacement des projets d’énergie atomique (réduction des métaux, minerai d’uranium, recherche sur les piles à combustible) se fit vers l’est dans la future zone soviétique, et l’essentiel se trouvait toujours là-bas à la fin de la guerre. p. 236-237

En janvier 1943 la Commission Soviétique des Achats demanda huit tonnes d’oxyde d’uranium et autant de sels de nitrate d’uranyle. A. Kramish informa que transformé en métal, cela donnerait « la quantité nécessaire pour répliquer les expériences des États-Unis à Chicago.

En mars 1943, deux licences furent accordées à la société S. W. Shattuck Chemical de Denver, Colorado, pour la livraison à l’Union Soviétique : la 1ère était pour 90 kg d’oxyde urano-uranique ainsi que 100 kg de nitrate d’uranium, l’autre était pour 227 kg d’oxyde urano-uranique et autant de nitrate d’uranium. L’approbation de ces licences fut suivie en avril 1943 d’une licence pour 11 kg d’uranium métal et, en novembre 1943, par une autre d’un kg d’eau lourde. Ces licences furent accordées par l’administration du Prêt-Bail à la Commission Soviétique des Achats aux États-Unis. Le Général Groves déclara :

Une forte pression a été exercée sur le Prêt-Bail pour, apparemment, donner aux Russes tout ce qui leur traversait l’esprit. Une forte pression a été exercée pour leur donner ce matériel à base d’uranium. p. 240

Bien qu’ils aient eu un programme avancé employant 31.400 personnes, en 1965 les soviétiques disposaient de seulement trois réacteurs nucléaires générant un total de 315 MWe. Pour comparaison, la France, toujours en 1965, en avait cinq générant 350 MWe, et le Royaume-Uni était très avance avec neuf réacteurs pour une puissance totale de 1395 MWe. p. 243

L’aéronautique et l’industrie spatiale soviétique d’après-guerre trouvent leur origine dans les développements des avions et fusées par les Allemands pendant la 2ème GM. p. 255

La majeur partie des ingénieurs et scientifiques allemands furent déplacés par train en Russie dans la nuit du 22 au 23 octobre 1946 – au cours de ce qui fut probablement le déplacement le plus phénoménal de cerveaux scientifiques de l’histoire du monde civilisé. p. 261

Pour résumer, les deux-tiers de l’industrie aéronautique allemande, avec ses concepteurs les plus doués et nombre de techniciens et d’ingénieurs, donnèrent naissance à l’industrie aéronautique soviétique d’après-guerre. p. 270

Les fusées chargées à Blizna pour une livraison vers Londres et les États-Unis furent vues pour la dernière fois à Moscou ; les caisses furent bien envoyées au Ministère de l’Aviation à Londres, mais furent trouvées remplies de tonnes de pièces d’avions usées et familières. Les fusées elles-mêmes avaient disparu dans la mâchoire de la machine de guerre soviétique. p. 273

A la lumière de ces résultats, il est possible que le programme spatial soviétique soit beaucoup moins avancé techniquement que l’on croit généralement, et la crainte de dévoiler ce retard empêche les soviétiques de tirer parti d’une technologie américaine supérieure. p. 278

Un récit populaire mais raisonnablement précis du retard soviétique dans les domaines spatial et aéronautique est celui de Lloyd Mallan en 1958, dans Russia and the Big Red Lie. Il est basé sur un voyage quasi sans restrictions de 22.000 km avec interviews de 38 scientifiques…les ordinateurs soviétiques avaient des caractéristiques aussi primitives que le refroidissement des tubes en soufflant de l’air dessus ; les calculs de la trajectoire du Lunik furent effectués à l’aide d’une calculatrice fabriquée en Allemagne, pas d’un ordinateur ; l’instrument principal d’une station de pistage soviétique était une caméra que l’on pouvait acheter dans un magasin de surplus militaire aux États-Unis pour 80$…Mallan vît des copies soviétiques des tenues spatiales américaines ainsi que le ressort de largage du cône de la fusée Viking […]. p. 279

Les chantiers navals à Brême, dans la zone américaine d’Allemagne, furent entièrement déplacés vers l’URSS…Les chantiers de sous-marins de Brême et Stettin, ainsi que les usines de torpilles et de contrôle de tir, furent elles aussi entièrement démontées et envoyées en URSS, avec des usines de fabrication de moteurs et quelques « 4.000 experts en sous-marins et maîtres d’œuvres. » p. 280

Le principal fournisseur étranger de navires de l’Union Soviétique fut la Pologne, un pays qui ne construisait pas de bateaux avant 1950. p. 282

[Les passages en gras sont de mon fait, NdT.]

Sutton 3

 

https://archive.org/details/Sutton–Western-Technology-1945-1965

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