RAND: Guerre Sino-US, Penser l’Impensable

www.rand.org/content/dam/rand/pubs/…/RAND_RR1140.pdf

Rand

Une guerre préméditée entre les USA et la Chine est très peu probable, mais le risque qu’une crise mal gérée puisse déclencher des hostilités ne peut être ignoré. Ainsi, si aucun des deux pays ne souhaite la guerre, leurs armées respectives disposent de plans si celle-ci venait à éclater. Alors que les capacités de la Chine en termes d’anti-accès et d’empêchement d’occupation de zone [anti-access and area-denial (A2AD)] se sont améliorées, les États-Unis ne peuvent plus avoir la certitude qu’une guerre se déroulerait comme anticipé et mènerait à une victoire décisive. Cette analyse met en lumière plusieurs chemins qu’une guerre avec la Chine pourrait prendre ainsi que leurs conséquences potentielles.

Les avancées technologiques en termes de capacité de cibler les forces opposées créent des conditions d’une contreforce[1] traditionnelle, où chaque côté dispose de la capacité de frapper et d’endommager les forces de l’autre, et par conséquent la motivation de le faire promptement, voire en premier. Cela implique des premiers échanges féroces, avec des pertes militaires sévères des deux côtés, jusqu’à ce que l’un prenne le contrôle. À l’heure actuelle, les pertes chinoises dépasseraient largement celles des USA, et l’écart ne ferait que se creuser avec la progression des combats. Mais, d’ici 2025, cet écart pourrait grandement se réduire. Mais même alors, la Chine ne pourrait être assurée de prendre l’avantage militairement, ce qui suggère la possibilité d’une guerre à rallonge et destructrice, sans net vainqueur. Dans ce cas, les facteurs non militaires – coûts économiques, conséquences politiques internes, et réactions internationales – pourraient prendre plus d’importance.

Les dirigeants politiques des deux côtés pourraient limiter la gravité de la guerre en ordonnant leurs armées respectives de s’abstenir de lancer des attaques conventionnelles de contreforce rapides et massives. Les combats restreints et sporadiques résultant de cette décision pourraient réduire de manière substantielle les pertes militaires ainsi que les dégâts économiques. Cette possibilité met en exergue l’importance d’un contrôle civil ferme lors des processus de prise de décision en temps de guerre et de la communication entre les capitales des deux nations. Dans le même temps, les USA peuvent se préparer à une guerre longue et coûteuse en réduisant leur vulnérabilité aux forces chinoises dans le champ A2AD et en développant des plans assurant que les conséquences économiques et internationales travailleraient en leur faveur.

 

Principales découvertes

[1] En stratégie nucléaire, une cible contreforce est une cible qui a une valeur militaire, tel qu’un silo de lancement pour missiles balistiques intercontinentaux, une base aérienne qui abrite des bombardiers équipés d’armes nucléaires, un port d’attache pour sous-marins porteurs de missiles balistiques, ou une installation de commande et contrôle. Le but d’une stratégie de contreforce (par exemple attaquer des cibles contreforces à l’aide d’armes nucléaires) est de désarmer un adversaire en détruisant ses armes nucléaires avant qu’elles ne puissent être lancées, minimisant ainsi l’impact d’une frappe de représailles. […] Une cible contreforce se distingue d’une cible contrevaleur, qui inclut la population, le savoir et les ressources économiques ou politiques d’un adversaire. En d’autres termes, une frappe contreforce s’exerce à l’encontre de l’armée d’un adversaire alors qu’une frappe contrevaleur s’exerce contre ses villes. Une tactique proche est celle de la frappe de décapitation consistant à détruire les installations de commande et contrôle nucléaires d’un adversaire, limitant ainsi les capacités d’une frappe de représailles.

À moins que tant les dirigeants politiques des USA que ceux de la Chine refusent de mettre en place des stratégies de contreforce, la capacité des deux pays de contrôler le conflit s’ensuivant serait fortement réduite

  • Les deux côtés subiraient de lourdes pertes militaires lors d’un grave conflit. En 2015, les pertes américaines pourraient représenter une fraction relativement petite des forces engagées, mais seraient quand-même significatives ; les pertes chinoises seraient beaucoup plus lourdes que celles des USA et représenteraient une fraction substantielle des forces engagées.
  • Cet écart entre les pertes respectives se réduira avec l’amélioration des capacités chinoises en termes d’A2AD. D’ici 2025, les pertes américaines pourraient aller de significatives à lourdes ; les pertes chinoises, si elles resteraient lourdes, pourraient être inférieure dans une certaine mesure à celles de 2015, dû à l’augmentation des dommages causés sur les capacités de frappe américaines.
  • Les capacités A2AD chinoises rendront de plus en plus difficile la domination militaro-opérationnelle et la victoire par les USA, même en cas de guerre de longue durée.

 

Le conflit pourrait être décidé par des facteurs de politique domestique, internationaux, ou économiques, tous favorisant les USA en cas de guerre prolongée

  • Bien qu’une guerre heurterait les deux économies, les dommages causés à la Chine seraient bien pires.
  • Dû au fait qu’une bonne partie du Pacifique Occidental serait transformée en zone de guerre, le commerce chinois dans la région et le reste du monde chuterait substantiellement.
  • Les pertes chinoises en termes de ressources énergétiques marines causeraient des dommages particulièrement prononcés.
  • Un conflit prolongé pourrait exposer la Chine à des divisions politiques internes.
  • L’activité militaire accrue du Japon dans la région pourrait avoir une influence considérable sur les opérations militaires.

 

Recommandations

  • Les dirigeants politiques tant américains que chinois devraient disposer d’options militaires autres que des frappes immédiates afin de détruire les forces d’opposition.
  • Les dirigeants américains devraient avoir les moyens de conférer avec les dirigeants chinois et contenir un conflit avant qu’il ne dégénère.
  • Les USA devraient éviter de mener automatiquement des attaques immédiates sur les capacités A2AD de la Chine et avoir des plans et les moyens pour empêcher les hostilités de dégénérer. Établir des arrangements « à sécurité intégrée » garantira une approbation définitive et éclairée du corps politique pour les opérations militaires.
  • Les USA devraient réduire les effets des capacités A2AD de la Chine en investissant dans des plateformes de force dotées d’une plus grande capacité de survie (les sous-marins par exemple) et dans des mesures anti-A2AD (des missiles balistiques de théâtre [théâtre militaire] [missiles de portée 300-3.500 km, entre les missiles tactiques et les missiles intercontinentaux] par exemple).
  • Les USA devraient réfléchir à des plans en cas d’imprévus avec ses alliés clé, en particulier le Japon.
  • Les USA devraient s’assurer que les Chinois sont pleinement conscients des conséquences potentiellement catastrophiques même si la guerre ne venait pas à être perdue militairement.
  • Les USA devraient améliorer leur capacité à entretenir des opérations militaires intenses.
  • Les dirigeants américains devraient développer des options permettant d’empêcher la Chine d’avoir accès à des matières premières et des technologies vitales pour la guerre dans l’éventualité d’un conflit.
  • Les USA devraient prendre des mesures permettant d’atténuer les conséquences d’une interruption d’approvisionnement de produits vitaux venant de Chine.

De plus, l’armée américaine devrait investir dans les capacités A2AD au sol, encourager et permettre à ses partenaires d’Asie Orientale de bâtir des défenses fortes, améliorer l’interopérabilité avec ses partenaires (par-dessus tout le Japon), et contribuer à l’expansion et l’approfondissement des relations et coopération sino-américaines d’armée-à-armée afin de réduire les risques d’un malentendu ou d’un mauvais calcul.

 

[1] En stratégie nucléaire, une cible contreforce est une cible qui a une valeur militaire, tel qu’un silo de lancement pour missiles balistiques intercontinentaux, une base aérienne qui abrite des bombardiers équipés d’armes nucléaires, un port d’attache pour sous-marins porteurs de missiles balistiques, ou une installation de commande et contrôle. Le but d’une stratégie de contreforce (par exemple attaquer des cibles contreforces à l’aide d’armes nucléaires) est de désarmer un adversaire en détruisant ses armes nucléaires avant qu’elles ne puissent être lancées, minimisant ainsi l’impact d’une frappe de représailles. […] Une cible contreforce se distingue d’une cible contrevaleur, qui inclut la population, le savoir et les ressources économiques ou politiques d’un adversaire. En d’autres termes, une frappe contreforce s’exerce à l’encontre de l’armée d’un adversaire alors qu’une frappe contrevaleur s’exerce contre ses villes. Une tactique proche est celle de la frappe de décapitation consistant à détruire les installations de commande et contrôle nucléaires d’un adversaire, limitant ainsi les capacités d’une frappe de représailles.

 

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