La guerre contre le peuple est déclarée

Le Brexit a exposé le schisme politique de notre temps. Ce n’est pas entre la gauche et la droite; c’est entre les gens sains d’esprit et les déraisonnablement coléreux.

…La révolte citoyenne d’aujourd’hui – aux USA, en GB, en Europe – va probablement chambouler la politique comme rien d’autre de mon vivant.

L’extrémisme est rentré dans les moeurs. L’un des aspects les plus frappants du Brexit a été la répudiation la plus totale des banquiers et économistes et chefs d’état occidentaux qui avaient prévenu des dangers d’une scission de l’UE. Le premier ministre britannique David Cameron pensait que les votants s’en réfèreraient à l’opinion quasi-unanime des experts; cela montre à quel point il s’est trompé sur son peuple.

Le fond du problème est la mondialisation. Le Brexit, Trump, le Front National, etc., montrent que les élites politiques se sont trompées sur la profondeur de la colère face aux forces globales et par conséquent la demande que quelqu’un, d’une manière ou d’une autre, rétablisse le statu quo [fait référence à la montée des « extrêmes »].

Peut-être la politique se réalignera-t-elle autour de l’axe de la mondialisation, avec les gens agitant leur poing d’un côté et les pragmatistes de l’autre. Les nationalistes gagneraient la loyauté des blancs des classes populaires et moyennes qui se voient comme les défenseurs de la souveraineté. Le centre réformé inclurait les bénéficiaires de la mondialisation et les pauvres, les non-blancs, et les citoyens marginaux qui reconnaissent que la célébration de leur identité nationale les exclut.

Bien sûr les partis majoritaures tant de la gauche que de la droite essaient d’atteindre les nationalistes en colère.

Le schisme que l’on voit s’ouvrir devant nos yeux n’est pas seulement à propos de la politique, mais aussi de la réalité elle-même. Les forces du Brexit ont gagné parce que des dirigeants cyniques étaient prêts à répondre à la paranoïa des votants, leur mentant sur les dangers de l’immigration et les coûts d’appartenance à l’UE. Donald Trump a, bien évidemment, haussé la barre du manque de sincérité et de la réponse aux peurs des votants, que ce soit sur l’immigration ou le commerce extérieur ou quoi que ce soit d’autre auquel on puisse penser. Le Parti Républicain, qui a déjà son lot de négationnistes de la science et de négationnistes de la réalité économique, a pris le rôle d’un homme qui fabrique des réalités auxquelles les gens ignorants aiment s’identifier.

Ai-je dit « ignorants »? Oui, je l’ai dit. Il est nécessaire de dire que les gens sont dans l’erreur et que la tâche des dirigeants est de les remettre sur la voie de la vérité.

Est-ce « élitiste »? Peut-être bien; peut-être sommes-nous devenus si enclins à célébrer l’authenticité de toutes les convictions personnelles qu’il est désormais élitiste de croire en la raison, l’expertise, et les leçons de l’histoire. Si c’est le cas, le parti acceptant la réalité doit se préparer à affronter le parti niant la réalité, et ceux qui l’encourage et qui sont conscients qu’ils auraient mieux à faire. Si c’est le réalignement à venir, nous devrions l’accepter.

 

David van Reybrouck du Guardian semble désireux de pousser le combat en faveur de la survie des élites encore plus loin, déclarant: « notre système de vote a bien fonctionné pendant des décennies, mais il est désormais cassé. Il existe un meilleur moyen pour que le peuple se fasse entendre… Vous ne demandez pas à tout le monde de voter sur un problème que seuls quelques individus comprennent, mais vous sélectionnez un échantillon aléatoire de la population en vous assurant qu’ils sont au fait du sujet en question afin de prendre une décision raisonnable. Un échantillon bien réparti d’une population informée peut agir de manière plus cohérente qu’une société entière qui ne l’est pas. »

Le Brexit est un tournant dans l’histoire de la démocratie moderne. Jamais une décision aussi drastique n’a-t-elle été prise à l’aide d’une procédure aussi primitive – un référendum en une seule phase basé sur une majorité simple. Jamais le destin d’un pays – ou même d’un continent entier, en fait – n’a-t-il changé par un seul coup d’une hache aussi usée, tenue par des citoyens désenchantés et mal informés.

La démocratie n’est pas le problème. Voter est le problème.

Les élections ont été inventées pour rendre la démocratie possible, mais au vu des circonstances actuelles elles semblent être un obstacle.

 

« Nous exhortons Greepeace et ses supporters de ré-examiner les expériences des fermiers et des consommateurs à travers le monde et leurs récoltes et aliments améliorés grâce aux biotechnologies, de reconnaître les découvertes des corps scientifiques et agences de régulation faisant autorité, et d’abandonner leur campagne contre les OGM en général et Golden Rice en particulier, » on peut lire dans la lettre selon le WaPo.

« Nous sommes des scientifiques. Nous comprenons la logique de la science. Il est aisé de voir que ce que fait Greenpeace est dommageable et anti-science, » a expliqué Roberts au WaPo. « À l’originie, Greenpeace et certains de ses alliés ont tout fait en leur pouvoir afin de faire peur aux gens. C’est une manière pour eux de récolter des fonds pour leur cause. »

« Je trouve surprenant que des groupes soutenant la science dans le domaine des changements climatiques, ou même, pour l’essentiel, dans l’appréciation de la valeur de la vaccination dans la prévention des maladies humaines, peut pourtant être si dédaigneux des points de vue généraux des scientifiques quand on en vient à quelque chose d’aussi important que le future de l’agriculture mondiale, » a déclaré le Nobel RAndy Schekman au WaPo.

En résumé, tout le monde devrait écouter les élites, quelles que soient ses convictions. 

 

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Le peuple est idiot. Le peuple a tort. Les élites savent mieux que le peuple ce qui est bon pour ce dernier. 100 lignes à écrire chaque soir, les voyelles en rouge et les consonnes en bleu, jusqu’à ce que ça rentre…

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