Antony Sutton – Suicide d’État : Aide Militaire à l’Union Soviétique III

Une usine de tracteurs est bien adaptée à la production de tanks et canons automoteurs. Les usines de tracteurs de Stalingrad, Kharkov, et Tcheliabinsk, érigées avec l’aide presque totale et des équipements américains, et l’usine Kirov de Leningrad, reconstruite par Ford, furent utilisées depuis le départ pour produire des tanks soviétiques, des véhicules blindés, et des canons automoteurs. L’enthousiasme avec lequel le programme de production de tanks et véhicules blindés a été poursuivi, ainsi que la réaffectation des meilleurs ingénieurs russes et des priorités à des fins militaires, ont été en partie responsables du problème soviétique actuel de retard en termes de production de tracteurs et de famines périodiques.

Depuis 1931, jusqu’à la moitié de la capacité de production de ces usines de « tracteurs » a été utilisée pour la production de tanks et véhicules blindés. p.63

Cela vaut la peine de se rappeler que la presse soviétique contemporaine était assez ouverte au sujet de l’aide américaine. Par exemple, un article dans Za Industrializatsiiu tirait trois conclusions : d’abord, que la préparation des plans de l’usine de Stalingrad par des ingénieurs américains avec la « participation » d’ingénieurs soviétiques rendit possible l’aboutissement de l’usine en une « période de temps très courte » ; deuxièmement, que le travail et la formation des ingénieurs soviétiques aux USA eut pour conséquence « une amélioration considérable des processus d’ingénierie » et l’application des standards américains ; et troisièmement, que le travail aux USA fournit aux Soviétiques une occasion d’étudier les usines de tracteurs américaines et de vérifier les données sur l’opération des machines-outils américaines. p.66

 

Tanks soviétiques en 1932      p.70

20 Carden-Lloyd Mark-VI                Vickers-Armstrong (U.K.)

1 Fiat Type-3000                                Fiat (Italie)

20 Renault                                           Renault (France)

16 « Russian-Renaults »                   Fabriqués en France, modifiés en URSS

70 tanks légers                                    Vickers 6 tonnes, Alternate-A (U.K.)

40 Vickers Mark-11                            Vickers-Armstrong (U.K.)

2 Christie M-1931                               U.S. Wheel Track Layer (U.S.A.)

8 Medium Mark-A                              Vickers-Armstrong (U.K.)

 

Au cours de l’entente de 1933 entre la France et l’Union Soviétique, Renault livra pour 11 millions de $ en « petits tanks rapides et tracteurs d’artillerie » et fournit des experts des usines Schneider et Panhard Levasseur qualifiés dans le domaine des tanks et véhicules blindés. p.71

En 1931 les Russes achetèrent deux tanks Christie à U.S. Wheel Track Layer aux USA. Les Russes les copièrent, construisirent des tanks Christie, puis intégrèrent le système de suspension du Christie aux T-34. Les premiers Christies russes avaient les mêmes moteurs que les Christies américains – un Liberty 12 cylindres en V de 338 CV avec refroidissement à eau par recirculation. Dans les années 1920, la Chase National Bank de NY (maintenant Chase Manhattan) était activement engagée dans une tentative d’organisation de l’exportation de grandes quantités de moteurs Liberty à l’Union Soviétique au prix de 2.000 $ pièce. Chase fut empêchée par les réglementations militaires américaines. p.71

Les soudures dans le T-34 étaient de mauvaise qualité, mais comme l’indiquait le magazine The Welding Engineer [L’ingénieur Soudeur] (décembre 1952) : « Le T-34 fut conçu avec une seule idée en tête – apporter de la puissance de feu. Toute considération humanitaire, telle que la protection de l’équipage, sont purement secondaires. »

Dans les années 1930, les modèles T-34 furent construits à partir de millions de tonnes de blindage importées des USA. En juillet 1934, Henry Disston & Sons, Inc., demanda au Ministère de la Guerre la permission de répondre à une demande soviétique « pour la formation de leurs techniciens afin de fabriquer du blindage pour tank de la même qualité que ce qu’ils font pour leur gouvernement. » p.72

À la fin de la 2ème GM le gouvernement américain désigna un comité inter-agences afin de réfléchir au futur de l’industrie automobile allemande, en particulier vis-à-vis de son potentiel à être utilisé pour faire la guerre. Le comité conclut que n’importe quelle industrie de véhicules motorisés dans n’importe quel pays est un facteur important dans le potentiel militaire de ce pays, et appuya son constat en listant 300 produits militaires fabriqués dans des usines pour véhicule motorisés […], ainsi que des « fournitures de guerre » par l’industrie des véhicules motorisés américaine.

Notez que plus de la moitié de ces tanks, presque tous les véhicules blindés et half-tracks, et un tiers des canons de plus de 33 millimètres furent fabriqués dans des usines automobiles « pacifiques. »

Au vu de ces résultats, le comité fit les recommandations suivantes à l’unanimité :

« 1. Toute industrie de véhicules est un point fort militaire.

  1. L’industrie automobile allemande devrait par conséquent être interdite parce que c’était un industrie de guerre.
  2. De nombreux produits militaires peuvent être fabriqués par l’industrie automobile, y compris des torpilles aériennes, des canons pour avions, des instruments de mesure pour avions, des moteurs d’avions, des pièces détachées d’avions, des testeurs de démarrage pour avions, des mitrailleuses pour avions, des sous-unités d’hélices d’avions, des hélices d’avions, des équipements pour l’entretien et la mise à l’épreuve d’avions, des haubans pour avions, des fuselages, etc. Un total de 300 objets fut listé. »


Si la capacité de production automobile avait un potentiel militaire pour l’Allemagne et les USA en 1946, alors elle a aussi un potentiel militaire pour l’Union Soviétique aujourd’hui. Mais les recommandations dans les cas de l’Allemagne et de l’Union Soviétique divergent complètement. p.76

En 1930, quand Henry Ford entreprit la construction de l’usine Gorki, les articles de la presse occidentale vantaient la nature pacifique de l’automobile Ford, quand bien même Pravda avait ouvertement admis que l’automobile Ford était voulue dans des buts militaires. N’en déplaise aux articles de presse occidentaux naïfs, les véhicules militaires de Gorki furent plus tard utilisés pour aider à tuer des Américains en Corée et au Vietnam. p.86

…Rusk et Rostow nièrent tous deux devant le Congrès que l’usine de Volgograd avait un potentiel militaire.
Il doit être noté que ces affirmations de l’Exécutif furent faites en dépit de preuves évidentes du contraire. En d’autres termes, ces déclarations doivent être considérées comme des mensonges délibérés afin de tromper le Congrès et le public américain. p.87

Plus tard en 1932, des négociations furent conclues entre Du Pont et les Soviétiques pour la construction d’une gigantesque usine de production d’acide nitrique [utilisé dans la fabrication d’explosifs] d’une capacité de 1.000 tonnes par jour. Cela fait environ 350.000 tonnes par an. Vingt-cinq ans plus tard, en 1957, la plus grande usine de production d’acide nitrique de Du Pont aux USA, à Hopewell, avait une capacité annuelle de 425.000 tonnes…La firme s’enquit auprès du Département d’État pour savoir si cette usine « d’une capacité excessive » serait autorisée par le gouvernement américain…
Le Département d’État [conclut] qu’il n’y aurait aucune objection à la construction d’une si grande usine de production d’acide nitrique.

Dans les années 1950 et 1960, les Soviétiques étaient en retard dans tous les domaines de production chimique en dehors de la technologie chimique de base absorbée dans les années 1930 et 1940. Ce retard avait des implications militaires majeures et entre 1958 et 1967 poussa à une campagne massive d’achats en Occident. Dans les trois années 1959-61 seules, l’Union Soviétique acheta au moins cinquante usines chimiques complètes ou équipements pour de telles usines à des sources non-soviétiques. Le magazine américain Chemical Week commenta, avec peut-être plus de justesse que l’on ne réalisait à l’époque, que l’Union Soviétique « se comportait comme si elle n’avait pas du tout d’industrie chimique. »
[…]
L’acide sulfurique, le plus importants des acides inorganiques et des produits chimiques à usage industriel, est nécessaire en grandes quantités pour la fabrication d’explosifs. La production d’acide sulfurique en Russie augmenta de 121.000 tonnes en 1913 à un peu moins de 3 millions en 1953, 4,8 millions en 1958, et 8,5 millions en 1965.

Les Soviétiques se sont toujours servis de procédés occidentaux de base pour la fabrication d’acide sulfurique et ont copié l’équipement pour ces procédés dans leurs propres usines de fabrication de machines. Une étude russe récente sur la fabrication d’acide sulfurique indique qu’au milieu des années 1960, 63% de la production d’acide sulfurique se déroulait selon une version standardisée d’un procédé occidental. p.91-92

Jusqu’en 1960, la production russe d’engrais était majoritairement sous la forme d’engrais direct de faible qualité. Il n’y avait pas de production d’engrais concentrés et mixés tels qu’ils sont utilisés en Occident. Les usines d’engrais sont facilement converties en usines d’explosifs. Une partie du programme d’expansion de production d’engrais des années 1960 consistait en l’achat auprès de Joy Manufacturing Company, Pittsburgh, de 10 millions de $ d’équipements destinés à l’extraction de potasse. Le membre du Congrès Lipscomb s’opposa à l’émission d’une licence pour cette vente. Alors que Lipscomb arguait du fait que la potasse peut être utilisée pour la fabrication d’explosifs, Forrest D. Hockersmith, du Bureau de Contrôle des Exportations du Ministère du Commerce, répondit : « Notre décision d’accorder la licence a été lourdement influencée par le fait que la meilleure description ses engrais à base de potasse est qu’il s’agit de ‘biens pacifiques’ ». Hockersmith n’a, bien entendu, pas nié que la potasse pouvait être utilisée dans la fabrication d’explosifs. p.93

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